Il se trouve en effet que voilà deux mois, s'est tenue une réunion d'une certaine Commission éducation, à laquelle ledit adjoint au maire, délégué à la vie scolaire, était invité. J'avais une idée que j'aurais volontiers soumis à la Commission, d'autant plus en présence d'élus, mais je ne pouvais pas assister à cette réunion. J'ai donc envoyé un mail au coordonnateur de la Commission, le priant d'en faire écho. Ce qu'il fit, transmettant probablement même le texte de mon mail, et visiblement mes coordonnées. Et c'est très bien.

C'est très bien, et cela me fait penser à un autre épisode qui a commencé un peu pareil. Il y a quelques semaines, un quidam envoie un mail au secrétariat de sa députée pour exprimer son avis de citoyen sur une loi en préparation. Le cabinet de la députée, soucieux de lui fournir une réponse de qualité, demande conseil au cabinet ministériel concerné, en faisant suivre le mail du quidam. Or le quidam avait fait état dans son mail de sa situation professionnelle, et voila-t-y pas que le mail se retrouve sur le bureau de son DRH, qui juge que la position, exprimée à titre personnel par le quidam, est en contradiction avec la position officielle de l'entreprise sur la question, et sanctionne le quidam.

Où est la différence ? Où y a-t-il eu un problème dans le second cas ? Comment les différents intervenants auraient-ils pu ou du agir différemment pour éviter ce hiatus, sans empêcher l'information de circuler et s'empêcher de faire leur travail ?

La réponse se situe au moment où il fut cliqué sur le bouton Faire suivre. Lorsque le cabinet de la députée s'est tourné vers le cabinet de la ministre, il devait évidemment lui transmettre l'argumentaire du quidam, puisqu'il sollicitait des éléments de réponse. Mais en faisant simplement et intégralement suivre le mail, il adressait à un tiers une correspondance qui n'était initialement destinée qu'à lui. On ne fait pas ça. On n'écrit pas à Paul que Pierre nous a dit ceci ou cela, sans avoir l'assentiment préalable de Pierre.

Dans mon cas, j'avais explicitement dit dans mon mail que si j'avais pu, je serais allé à cette réunion pour dire ce que j'écrivais. Il était donc raisonnable de la part du coordinateur de la Commission de se sentir autorisé à transmettre tant mon mail que mon identité aux participants à la réunion. Dans le cas problématique en revanche, le quidam s'adressait à sa députée, et en l'absence de mention explicite, son cabinet aurait dû retirer du mail qu'il faisait suivre les informations nominatives. C'est vrai, c'est du boulot, on n'y pense pas forcément, mais on devrait car c'est la netiquette et, en se forçant un poil, le bon sens.

Si on élargit la question, cet épisode rappelle qu'il faut toujours, lorsqu'on écrit un texte (lettre postale, courrier électronique, billet de blog...) penser à ce que ce texte deviendra. L'exemple ci-dessus concerne celui qui fait suivre un mail, en ce qu'il doit se demander s'il peut faire suivre le mail, ou pas, ou anonymisé. Mais déjà lorsqu'on écrit un mail ex nihilo, il faut penser qu'il pourrait, même si cela semble initialement improbable, tomber sous certains yeux et le rédiger en conséquence. Songeons simplement aux longs mails contenant les réponses aux réponses aux réponses, qu'on voit parfois passer. Et quand on adresse un mail peut-être un peu sensible à quelqu'un, ne pas économiser les consignes de discrétion si elles sont pertinentes.