A cet égard, j'ai été frappé par le discours que Nicolas Sarkozy a donné le 22 janvier dernier sur la recherche française. Le discours se trouve sur le site de l'Elysée, mais pour illustrer mon propos il suffit de voir la réponse qu'a élaborée une équipe de scientifiques marseillais, qui reprend des extraits du discours.

Qu'on soit d'accord ou non avec les propos tenus par le président de la République, on ne peut qu'être frappé par la mauvaise prestation d'orateur qu'il livre dans ce discours.

D'emblée, il arrive devant son auditoire le souffle court. Les premiers mots (M. le Premier ministre, mon cher François, Madame et Messieurs les ministres...) sont hachés, alors qu'il tente de reprendre son souffle. Sa tentative pour compenser cela par un sourire dans la voix en disant Madame — on se demande bien pourquoi, d'ailleurs — ne rend la chose que plus pathétique. C'est, dès le début du discours, un premier manque de respect pour son auditoire : il aurait suffi qu'il prenne juste trente secondes pour poser sa respiration avant de se présenter devant son public.

On sait bien que les discours des politiques ne sont pas écrit par eux. C'est la règle du jeu, et on s'en accomode dans la mesure où on leur fait confiance pour que leurs plumes sachent ce qu'ils veulent dire. De toute façon, même s'ils ne les ont pas écrits, ils les lisent avant de les donner. Ici, il est clair que Nicolas Sarkozy découvre le texte en même temps que nous. Il ne semble même pas vouloir faire un effort d'intonation, hors des passages où il peut placer un effet de manche. Il lit son texte en semblant penser à autre chose, ou encore comme s'il était écrit trop petit, puis repère une expression sur laquelle il va devoir appuyer, ou sur laquelle il peut s'attarder. On le sent alors appuyer sur le bouton effet de manche : et que je joue avec mon alliance, et que je hausse une épaule puis l'autre, et que je regarde les premiers rangs avec un sourire désolé, en montrant la paume de mes mains pour bien souligner que l'évidence s'impose....

Au final, que reste-t-il d'une telle prestation ? Non seulement le rappel qu'il n'a pas écrit son discours. Mais ça on le savait. Encore, la constatation qu'il n'avait pas lu le discours avant de le donner. Plutôt moyen. Par dessus tout, le fait qu'il n'en a au bout du compte rien à faire. Rien à faire de s'appliquer dans la délivrance du message. Rien à faire au fond du message lui-même.