Encore une fois, ce qui fait la force du film, c'est qu'il évite tous les clichés. Il montre des personnages vrais, comme on en connait tous; pas des stéréotypes de cinéma. Et même le fiancé si parfait incarné par Sydney Poitier voit sa perfection devenir un problème. Ce qui nous vaut entre lui et son père une scène d'anthologie sur les rapports entre parents et enfants. En substance :

Le père (postier à la retraite, à son fils vice-président de l'O.M.S.) - Pense à tous les kilomètres que j'ai parcourus, à toutes les privations qu'a endurées ta mère, pour que tu puisses rester le nez dans tes livres...

Le fils (après avoir accusé le coup, tout de même) - Je ne te dois rien. Même si tu avais parcourus dix fois plus de kilomètres, je ne te devrais rien. Ce que tu as fait pour moi, c'était ton devoir de père, auquel tu t'étais engagé en me mettant au monde. Et c'est ce que je ferai pour mes enfants...

Dans le genre coupage de cordon, ça se pose là, non ?

Ce film a pour moi également été l'occasion de renouveller mon adoration à l'égard de Katharine Hepburn, vraiment une formidable actrice. Même en 1967, elle est rayonnante; elle commence à hocher de la tête, mais elle sait encore le maîtriser et l'intègre à son personnage. Elle passe au moins la moitié du film avec les yeux pleins de larmes, mais ça ne pose aucun problème. Au passage, un coup de chapeau au chef opérateur, qui arrive à faire briller ces larmes même quand elle est à l'arrière-plan...

Spencer Tracy n'est pas en reste, loin de là. Lui aussi dégage une puissance énorme, sans jamais surjouer. Il est tout au long du film dans la note. Comme dans leurs autres films engagés, le couple confère au film une force extrême. Qui trouve une caisse de résonance supplémentaire dans la relation intime qu'ils entretenaient à la ville.

Que des choses révolutionnaires pour l'époque... Mais aujourd'hui, si les choses ont à coup sûr un peu évolué, sont-elles fondamentalement si différentes ? Je pense à une phrase de mon oncle habitant Boston, dont la femme est d'origine asiatique, qui expliquait qu'ils avaient tenu à donner à leur fils un nom à consonance asiatique, pour qu'il soit mieux accepté socialement. (J'aime beaucoup mon oncle.) J'ai vu dans cette phrase une bonne illustration du mécanisme de la segmentation de la société en communautés : sois ce à quoi tu ressembles.